Compostelle

J1 et J2

Figeac/Beduer le gîte de Bedigas 15km

26 212 pas

Lundi 20 avril

La nuit a été calme. Pas de gros ronfleur, un lit confortable. Le pèlerin le plus matinal est parti à 6h30. Pas nous! On s’est levés tranquillement vers 7h15. On a attendu que le pain du petit déjeuner soit arrivé. Livraison directe de la boulangerie.

On a pris le temps de prendre des forces, de nous préparer, de refaire nos sacs. Le sac le plus lourd est transporté par la malle postale. Nos sacs à nous pèsent entre 5 et 6 kilos avec les deux litres d’eau.

Vers 9h15, nous voilà partis pour faire une petite visite rapide de Figeac. Nous nous promenons dans le centre historique, les maisons à colombages sont hautes et imposantes, la pierre est grise. Assez rapidement, cependant, nous cherchons à rejoindre le GR65, le tracé vers Compostelle. Après avoir tourné pendant un quart d’heure. Nous nous rapprochons de  pèlerines qui nous indiquent la route sans hésiter.

La première partie du chemin est sur route, la montée est raide. Nos cœurs s’emballent, nos jambes sont saisies par l’effort. Mon père peine un peu. Nous prenons le temps. Nous nous arrêtons très régulièrement pour retrouver un rythme cardiaque plus calme, puis le chemin s’enfonce dans la forêt. On retrouve l’ombre des arbres avec bonheur. Le soleil chauffe déjà bien fort. Nous nous sentons heureux de commencer ce périple longtemps rêvé. Toutes les conditions sont réunies pour que ça se passe au mieux.

La montée continue un long moment, nous nous retrouvons sur les hauteurs, les paysages sont à couper le souffle. La journée se passe tranquillement. Arrivés à Faycelles, nous croisons la route de deux enfants de 8 ans au plus qui nous proposent des morceaux de pain perdu qu’ils viennent de cuisiner. Leur geste nous a beaucoup touchés. Les gens ici sont très sympas, on peut facilement entamer la conversation. L’expérience est à la hauteur de ce que j’avais imaginé.

Arrivés à Beduer, il nous faut faire deux kilomètres de plus pour arriver au gîte. On prend notre courage à deux mains pour repartir. C’est fou comme les derniers kilomètres sont difficiles. On apprendra en arrivant au gîte, qu’on a pris la mauvaise route, il y avait un raccourci plus bucolique et moins long.

Ce soir, on mange avec nos hôtes, Philippe et Nadia. Ils sont gîte d’étape depuis quinze ans, il y a trois autres pèlerines et Edwige qui s’est installée au gîte le temps de trouver une maison ou un gîte à reprendre car elle veut s’installer en gîte d’étape.

La conversation est fluide, on fait connaissance avec plaisir. On échange des anecdotes, des conseils. On rit. Le repas est délicieux, plein de produits maison. Un vin de fleurs de sureau, un mélange de crudités et graines avec des fleurs de glycine en entrée, du filet mignon et gratin de courgettes en plat, du fromage et un fromage blanc aux fruits en dessert. On a été accueillis comme des rois. Le jardin était merveilleux et très bien entretenu. Une étape parfaite.

Le seul hic, c’est que mon père a perdu son chapeau de randonnée. Impossible de remettre la main dessus.

J2

Gite de Bedigas/Cajarc 22,5 km

36150 pas

Km total depuis départ : 37,5 km

Aujourd’hui, très grosse étape de prévue. 21 kilomètres (19 km de chemin+2 kilomètres entre le gîte et le chemin)

Lors de la réservation de notre semaine ensemble aucun gîte n’avait de disponibilité avant Cajarc. Moi qui avais promis à mon père qu’on ferait des étapes autour de 15 kilometres la première semaine, il a été servi !

Je me suis prise une bonne semaine à l’avance pour les réservations, persuadée que le mois d’avril était calme. En fait, non, pas du tout. Avril et surtout mai sont des mois hyper courus. J’ai eu beaucoup de mal à trouver des gîtes pour nous deux cette semaine. En en discutant avec les hospitaliers ( ie ceux qui reçoivent les pèlerins), ils m’ont mise en garde pour le mois de mai. Me disant que leur gîte était complet depuis au minimum trois mois.

Dans mon cas, je ne peux pas réserver des jours et des jours en avance car je ne sais pas quel jour je vais être trop fatiguée pour faire une grosse étape ou quel nombre de kilomètres je suis capable de parcourir. Cette situation est pénible car dans mon imaginaire, le pèlerin fait autant de kilomètres qu’il peut et s’arrête lorsqu’il est fatigué. Sur la voie du Puy en Velay, ce n’est plus  possible de fonctionner ainsi car ceux qui font le pèlerinage en plusieurs fois, réservent des mois à l’avance, prenant toutes les places… Bref, ceci était une petite aparté.

Notre gîte se situant donc à deux kilomètres de la route de Compostelle (le GR 65) il nous faut faire deux kilomètres de plus que les 19 prévus initialement. Ces deux kilomètres commencent par une montée très raide. Papa souffre, il s’est entraîné sur du plat, ses jambes ont du mal dans la montée et son cœur s’emballe. Il s’accroche, prend le temps et continue pas après pas. Il m’épate. On s’arrête très souvent et à 10h30, on se rend compte qu’on a parcouru un peu moins de 4 kilomètres. Nous savons que le gîte qui nous reçoit ce soir nous a proposé de venir nous chercher si on est trop fatigués. Ça nous rassure tous les deux. On se promet d’aller le plus loin possible sans aller au delà de nos forces ni nous mettre trop de pression.

A 12h50, on a fait 10 kilomètres. On est contents. ! On mange le panier repas que nous a préparé notre hôte. On demande à l’univers de nous préparer une place pour manger assis et à l’ombre. Comme l’univers s’occupe de tout, quelques minutes plus tard, un muret à l’ombre apparaît au détour d’un virage. On se pose, on écoute les oiseaux, on mange nos sandwichs, une boîte de thon à la tomate, une tomate et une banane. Nous voilà requinqués pour continuer.

Le chemin est magnifique, on avance sur les crêtes du Quercy blanc. On croise pas mal de pèlerins. On fait des pauses. Les kilomètres défilent plus ou moins lentement.

Papa prend plus d’assurance, son pas se fait plus sûr. Les montées deviennent moins problématiques et il avance d’un bon pas dans les descentes. On approche, il nous reste 5 kilomètres. On en a fait 17 ( on a loupé une bifurcation, ce qui nous a rajouté un kilomètre de plus)! On est étonnés tous les deux de la résistance de notre corps. On se sent aptes à continuer. On a envie d’aller au bout. Alors on parle, on s’émerveille d’un chêne majestueux, de chenilles qui pendent des arbres accrochées à un fil de soie, d’un beau lilas mauve… Quand soudain, apparaît en contre-bas Cajarc. C’est fou la joie que ça procure. La descente est technique, le chemin abrupt et caillouteux pendant 2 kilomètres ! Mais on est tellement heureux d’être au bout qu’un regain d’énergie nous emporte. On ne parle plus, on est concentrés. Le gîte n’est qu’à 250 mètres de l’entrée de la petite ville.

En arrivant, premier geste, retirer nos sacs à dos. Nos épaules sont endolories. Deuxième geste, enlever nos chaussures et nos chaussettes et mettre nos sandales. Quel bonheur de pouvoir s’asseoir quelques minutes sur une chaise pour boire un verre d’eau fraîche. Nous décidons d’aller manger en ville pour nous récompenser de nos efforts car nous sommes trop fatigués pour faire les courses et nous cuisiner un repas.

Ce soir , on dort dans une chambre avec deux lits simples. On est au paradis…

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Cathy Nadaud
Cathy Nadaud
3 heures il y a

Bravo , Severine, je te lis avec bonheur, je me souviens du départ de Figeac et la fameuse montée ! Bon chemin. Ultreïa!

Gwen
Gwen
5 heures il y a

Bravo à vous deux et merci de partager par tes mots ce périple, ça donne envie d’y être 😘

Fran Cois
Fran Cois
12 heures il y a

Voilà 37,5 km que nous avons parcouru à travers tes mots. Nos jambes sont légères et peu fatiguées et nos cœurs sont remplis de bonheur tellement tu nous régales de tes écrits. On the road agggaaiiin. Des bisettes Virginie & François
PS : on a retrouvé le chapeau de ton père, il semble qu’il soit sur ta tête 😋

Gauthier
Gauthier
12 heures il y a

C’est un plaisir de te lire ma soeurette, j’ai l’impression d’être avec vous.. Je suis heureux pour vous que ce départ pour Compostelle soit à la hauteur de vos espérances. Attention à ne pas trop forcer quand même et de préserver vos montures !
Gros bisous à vous deux 😘