Dimanche 21 juin
24,5 kilomètres
Ce matin, je reprends la route seule. Départ à 7h15 pour marcher au maximum avant les grosses chaleurs de la journée. On s’est dit hier que le chemin nous réunirait si besoin. L’étape prévoit 21 kilomètres.
Il y a du monde ce matin, je sens qu’on s’approche de Compostelle. D’après mon planning j’arriverai le 24 juin, dans trois jours. Je suis émerveillée du chemin accompli, j’ai hâte d’arriver à Compostelle, je marche pour cela depuis 10 jours. Mon corps me porte et je le remercie chaque instant. Il accomplit un exploit pour ce camino. Un an et trois mois après la greffe, c’est une belle performance. La fatigue commence cependant à se faire ressentir, mais la magie du chemin s’accomplit. Il reste 58 kilomètres à parcourir au début de cette étape. C’est peu et c’est encore énorme.

Je suis contente de me retrouver avec moi même, j’accorde mon pas et je laisse mes pensées digresser. Par moment, je me dis que je vais prendre un bus pour la dernière étape. La chaleur s’est installée en Galice, et marcher par plus de trente degrés est une épreuve supplémentaire. L’étape se déroule lentement. Je peine, je me sens lourde. Je doute de moi. Aujourd’hui, il n’y a pas grand chose à photographier. Il y a pas mal de dénivelé. Quand ça monte, c’est très raide. Des douleurs se réveillent, la chaleur est humide. Difficile de trouver de l’ombre.




Vers 11h15, je m’arrête pour manger une tortilla, une torta de Santiago (un gâteau aux amandes) et un bout de pastèque. Mon pied gauche est enflé et douloureux. Je m’installe à une table extérieure à l’ombre, retire mes chaussures pour permettre à ma circulation de reprendre. Je reste 30 minutes. J’ai besoin de me reposer un peu. Il me reste encore 10 kilomètres. Ca me semble tellement loin. La température grimpe encore d’un cran. Santiago est si proche et en même temps, il demande encore beaucoup d’efforts.
Je repars, retrouve une place dans le cortège des pèlerins, fais un petit détour pour aller voir une cascade. En marchant, je mets mes écouteurs et reprends la lecture du dernier livre de Maud Ankaoua « Tu m’avais promis ». Cette autrice me touche beaucoup. J’aime ses réflexions sur la façon d’appréhender la vie. Le chemin me semble moins long. Quand tout à coup, quelq’un me touche le bras c’est Laurence qui m’acoste. Elle m’a vue de loin et a accéléré pour me rattraper. Pour elle aussi cette étape semble interminable.




Nous nous mettons à discuter et les six derniers kilomètres défilent bien plus vite. En plus, cette nuit, nous avons réservé dans le même dortoir. A 13h40, nous arrivons enfin!
L’auberge est en accès autonome. Il n’y a pas d’accueil direct. Les chambres sont des dortoirs de 2 à 4 personnes. Nous prenons notre place, une douche, faisons une lessive, et nous reposons sur notre couchette. La chaleur dans les chambres est très élevée. Il n’y a pas de climatisation. Nous discutons ensuite avec d’autres pèlerines.
A 17h, nous ressortons pour aller manger, mais les seuls cafés ouverts ne proposent pas à manger, les cuisines ne rouvrent qu’à 20h30. D’autant plus que l’Espagne joue pour la coupe du monde cette après-midi. Tout le monde est devant la télé. Nous tombons sur le seul magasin d’alimentation ouvert un dimanche. Nous y prenons de quoi nous restaurer: sardines, salade, fruits plus de quoi manger pour le petit déjeuner demain. En passant devant l’église, on tombe sur un mariage avec de la musique traditionnelle celtique !




A l’auberge, le repas nous redonne des forces. Laurence, qui est réflexologue plantaire me fait cadeau d’une séance. Ca me fait un bien fou! Le temps a passé si vite qu’on a raté l’heure pour nous rendre aux thermes. Car nous sommes dans une ville thermale.
La fatigue et la chaleur nous a assommé mais on ressort quand même pour boire un petit verre toutes les deux à 20h45. La température commence à baisser et il fait meilleur à l’extérieur qu’à l’intérieur. On a envie de profiter de ces derniers jours sur le chemin.
A 22h, on rentre à l’auberge. On rejoint direct nos couchages. Il me reste mon article à écrire. Je me pose et retrouve mon temps d’écriture malgré l’heure tardive. La journée a encore été bien remplie…
En se rapprochant de Compostelle, il y a des chemins complémentaires. Attention de ne pas se tromper au risque de ne pas trouver le gîte prévu. C’est une aventure qui m’est arrivé. Bises et …… Paul 🌸